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Réchauffement climatique, vous avez dit réchauffement...

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Analyse intéressante d'un vrai professionnel...



Autour de l’antarctique, les icebergs seraient de plus en plus nombreux et remonteraient de plus en plus au nord ? Le tout serait la conséquence directe du réchauffement climatique ? Voici trois allégations qui circulent volontiers de bouches à oreilles et qui finissent en assertions communément admises. Or, rien à l’heure actuelle ne permet de démontrer la véracité de ces affirmations. Nous les avons soumises à l’analyse experte de David Salas, chercheur au Centre National de Recherche Météorologique (CNRM), spécialiste du continent antarctique.

Réchauffement : l’inertie antarctique
Tout d’abord, le point sur le réchauffement climatique. En la matière, l’antarctique fait presque figure d’exception, à une précaution près : c’est le continent le plus méconnu car jusqu’à présent le moins exploré de la planète. « Les explorateurs et les scientifiques ne l’ont découvert que relativement tard, donc, nous n’avons pas beaucoup de recul » prévient d’entrée David Salas. « Les données dont nous disposons datent de la dernière année polaire internationale (1957-58). Mais ce que l’on peut dire, sur ces 50 dernières années, c’est qu’on a l’impression que le système climatique de cette région est encore isolé du reste du monde. En effet, si l’antarctique ouest, notamment la péninsule antarctique – la partie qui remonte vers la pointe de l’Amérique du Sud, ndr -, s’est légèrement réchauffé, sa partie orientale, soit pratiquement les deux tiers du continent, s’est au contraire plutôt refroidie. Il faut dire que c’est une énorme masse inerte (14 millions de km²), recouverte d’une couche de 2 à 3000 m de glace et qui stocke 90% de l’eau douce terrestre. Si tout fondait, les océans monteraient de 60 mètres ! L’antarctique n’échappera certes pas au réchauffement. A l’horizon 2100, les projections de modèles climatiques montrent une élévation de température de 3 degrés. Cependant, avec des moyennes actuelles de -50 à -60° dans sa partie centrale, il continuera à y faire très froid. Effet étonnant du réchauffement entraînant une intensification des cycles hydrologiques : ce continent connaîtra davantage de précipitations et stockera encore plus de neige et de glace. Ainsi, l’antarctique contribuera à faire baisser d’1 millimètre par an le niveau des océans, une contribution négative plus que compensée par la fonte des glaces en arctique et la dilatation des océans ».

Icebergs : « le fruit du hasard »
En ce qui concerne les glaces, il faut savoir que les grands icebergs tabulaires typiques de cette région proviennent de la calotte glaciaire du continent lui-même. C’est un morceau de la calotte qui se détache et qui peut –ou non- glisser dans l’océan en profitant parfois d’une fragilisation momentanée des bancs de glace de Ross ou de Weddell notamment. Mais, explique Davis Salas, le détachement d’un iceberg est le fruit du hasard : « si on en croise beaucoup en ce moment, il peut très bien ne rien se passer pendant les 10 prochaines années ! ». Les nombreuses glaces repérées dans ce Vendée Globe avec l’aide de CLS Argos seraient donc des icebergs nés il y a longtemps, peut-être au début des années 2000, une période qui a vu l’apparition de nombreux mastodontes glacés.

Taille et température de l’eau, des éléments déterminants
Or, nous apprend le chercheur, pour que des icebergs remontent en latitude en profitant des courants qui les éloignent de l’antarctique, il faut aussi qu’ils soient très gros. En 2006, on estime que les ‘glaçons’ observés au sud de la Nouvelle Zélande provenaient d’un iceberg mesurant 8500 km² ! En effet plus ils sont imposants, plus ils mettent de temps à fondre, plus ils voyageront longtemps dans le grand sud. Par ailleurs, David Salas relève un phénomène logique qui semble imparable à long terme : « partout, ça va se réchauffer, idem en ce qui concerne la température de l’océan. Si un iceberg se détachait en 2100, il mettrait, dans un océan plus chaud, beaucoup moins de temps à fondre qu’aujourd’hui. Théoriquement, il devrait donc aller moins loin ». Le tout étant de savoir si dans 90 ans, les icebergs seront beaucoup plus gros qu’aujourd’hui et à cette question, notre expert botte en touche : « nous ne sommes pas capables de le dire actuellement ».

Conclusion, la présence de glaces abondantes repérées ces dernières années par les marins en course autour du monde n’est peut-être qu’un épisode « ponctuel » d’une dizaine d’années et non le point de départ d’un prolifération d’icebergs qui irait crescendo dans le temps. Par ailleurs, il serait abusif d’affirmer que ce phénomène est directement lié au réchauffement climatique.

Camille El Beze

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